A la rencontre de Nicolas Dorison

portrait de Nicolas Dorison
L’innovation participative, c’est aider son collaborateur à mieux réaliser sa mission, dans de meilleures conditions, et pour une meilleure satisfaction du client.

Nicolas Dorison travaille dans le domaine de l’innovation depuis la fin de ses études. Pendant 7 ans, il a exercé différentes fonctions telles que conseiller dans le financement de l’innovation, ou animateur créativité. Il a également exercé dans le domaine public, en effectuant une mission de 4 mois au sein de l’Université d’Angers. Suite à cette expérience, il rejoint l’Univers NOZ en tant que responsable innovation participative, poste qu’il occupe pendant 3 ans et demi. Au moment de notre interview, Nicolas était sur le point de rejoindre la Chambre d’Agriculture des Pays de la Loire pour coordonner les concours AGREENSTARTUP.

Peux-tu nous expliquer en quoi consiste tes missions aujourd’hui ? 

Tout d’abord, il faut présenter ce qu’est l’Univers NOZ : il s’agit d’une entreprise commerciale assez ancienne, créée en 1976 avec le magasin Le Soldeur. Ils sont spécialisés dans les achats de déstockage. Le groupe NOZ est devenu une entreprise importante du point de vue des achats, avec une logistique d’achats optimisée pour les gros lots. L’organisation de l’entreprise est organisée en ce sens. C’est justement sur ces points que NOZ veut creuser et brainstormer dans les mois et années à venir, avec les collaboratrices et collaborateurs.

La démarche d’innovation chez NOZ est basée sur le principe que la personne qui détient les idées innovantes est la personne qui fait le travail en question au quotidien. 

Partant de ce principe, il y a deux axes de travail principaux sur lesquels j’interviens: l’amélioration continue et l’identification de nouveaux services. Mon rôle est d’être le facilitateur, dans les deux cas, et donc d’animer la démarche sur ces deux axes pour accompagner les salariés.

Pour la démarche d’amélioration continue, il s’agit de permettre aux 6000 collaborateurs de l’entreprise d’accéder à la boîte à idées digitale, et d’animer des ateliers de design thinking afin que les collaborateurs puissent faire ressortir leurs irritants au quotidien et trouver des solutions. 

Les irritants, ce sont les éléments qui peuvent nous gêner au quotidien au travail, ce sont les petits cailloux qui perturbent, qui agacent. On vise donc une démarche d’amélioration continue des processus en identifiant des solutions durables aux irritants. On veut arrêter de mettre des rustines sur les petits bobos, et remonter plutôt à la source de la problématique. Pour animer ces ateliers, on procède en plusieurs phases, sous forme de théâtralisation ou représentation des flux, et on identifie, parfois à l’aide d’outils comme le lean management, les sources de pertes de valeur, ce qui ralentit. La démarche se fait de concert avec le service qualité. Pour chaque atelier nous avons 4 à 5 participants dont les profils sont fonctions supports, achats et marketing. Pour la logistique, c’est une autre personne qui anime la démarche sous le même fonctionnement au travers des outils du 5S.

Pour la seconde démarche, il s’agit d’avantage de travailler sur l’innovation en termes de  nouveaux services à proposer aux client.e.s. On va chercher à mobiliser nos salariés, grâce aux outils de l’intelligence collective, sur la recherche de nouvelles valeurs ajoutées pour l’entreprise. Une des pratiques est de mettre en place des formats d’événement courts, comme des hackathons ou la nuit de la créativité. On se concentre plutôt , dans cette activité,  sur ce que sera le déstockage de demain, en mode brainstorming, pour aller chercher de nouveaux services et de nouveaux produits qui pourraient être mis en place. 

Quels sont, selon toi, les intérêts à mobiliser des communautés de collaborateurs sur les sujets d’innovation?

L’intérêt principal à mobiliser les communautés de collaborateurs réside dans la pertinence de leurs idées. Ils connaissent le terrain, ils connaissent les clients, ils savent d’expérience ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins. Un autre intérêt est clairement de les valoriser, de les responsabiliser, et de leur donner la liberté de changer ce qu’ils ont identifié comme étant problématique. 

C’est une façon de montrer que l’Univers NOZ est une entité agile et innovante, ou les collaboratrices et collaborateurs sont sollicités et écoutés. C’est un moyen de faciliter le recrutement, puisqu’on valorise les pratiques d’écoute et d‘implication des collaborateurs. Ce genre de pratiques peuvent parler à de futurs salariés, qui ont envie de s’investir et d’être acteurs de l’évolution de l’entreprise, en s’impliquant, dans une certaine mesure le rôle d’entrepreneur au sein de notre société. On cherche à répondre à un  besoin croissant des nouvelles générations de se placer à l’initiative des projets dans une entreprise. Une fois que le manager accepte, les jeunes peuvent s’impliquer aussi, ils sont motivés à participer aux initiatives.

En quelques mots, quels sont les méthodes et les outils que tu utilises aujourd’hui ?

Pour commencer, il nous est nécessaire de mettre en place un recueil des idées, accessible aux collaborateurs. Nous avons choisi d’utiliser l’outil IDhall de Human Perf, avec 200 licences. Nous avons mis en place des relais SMII (d’après le nom de la démarche de management des idées et innovations), qui servent à saisir les initiatives et les idées des collaborateurs. Une fois qu’une initiative est saisie dans la plateforme, un parcours d’évaluation et de validation de l’idée est déclenché, et suivi par un référent, qui a une vue globale. 

Pour faire l’évaluation de l’idée, l’outil utilise un système d’analyse du retour sur investissement de la proposition, en utilisant 8 questions pour évaluer la proposition: 4 sur les gains et 4 sur la faisabilité. Avec ce genre de système, il est possible de voir rapidement quelles sont les idées qui auront un impact pour l’entreprise.

Une fois l’idée validée, on met une personne en charge de la mise en œuvre, de préférence la personne à l’origine de l’idée. En cas de besoin, suivant les projets, il y a un accompagnement méthodologique mis en place, avec potentiellement, en cas d’enjeu important,  un sponsor type « business angel ». C’est en général un manager, un chef de projet, quelqu’un qui a de l’expérience sur ce genre de sujet et dont le  rôle est d’accompagner, de conseiller et de lever les freins si besoin. Il ne s’agit  surtout pas de faire le projet à la place des personnes qui ont eu l’idée. Un des points importants à la fin de chaque projet est de savoir si on peut transposer l’idée sur d’autres périmètres, ou devrait-on arrêter si les résultats ne sont pas satisfaisants. 

Parmi les points importants pour la réussite de la démarche, et qui demandent à être améliorés en permanence, on peut relever la méthodologie de gestion de projet. Sur ce point, il faut trouver l’équilibre. Si on formalise trop le cadre, en posant de nombreuses règles, les porteurs de projets se sentent obligés de faire ce qui est conseillé. On a alors un risque de recueillir moins de propositions innovantes, car il est complexe de se conformer au cadre méthodologique (faire de cahier des charges, etc.) d’autant plus en ce qui concerne des idées plutôt simples. Il faut donc nous ajuster en fonction de la taille des projets et des profils des porteurs de projets. 

Un autre point concerne l’accompagnement de porteurs de projets. On a travaillé sur ce point lors des hackathons, avec des coachs internes et externes, où la durée était limitée et on pouvait mieux calibrer les accompagnements grâce à des supports formalisés, comme le business model canvas. Ce type d’outils permet de mieux définir les hypothèses et de les valider rapidement. Pour le projet pop-up shop, par exemple, l’équipe avait identifié des points clés autour de besoins de quantités plus faibles que dans nos magasins en dur, mais disponibles ponctuellement. Il a donc fallu se poser des questions sur les personnes et les métiers dont le projet avait besoin, le type de locaux compatibles, etc.

La communication est un autre point d’amélioration. Il est important de toujours expliquer ce qu’on vise pour l’entreprise avec cette démarche, quels projets nous menons, et ce qu’ils apportent. On peut notamment cibler avec cette communication les personnes qui peuvent être de bons ambassadeurs, et cela permet à nos salariés de bien comprendre la démarche, de voir ce qui a déjà été fait, pour qu’ils puissent s’impliquer à leur tour. 

Est-ce que tu peux nous donner quelques exemples de projets sur lesquels vous avez mobilisé ces communautés ?

On peut citer par exemple deux projets concrets sur lesquels nous avons eu des résultats visibles en 2021.

Nous avons fait l’ouverture d’un magasin éphémère, le POP-UP NOZ, dans le centre-ville de Bourges. C’est une proposition qui a été mise en place suite au hackathon. Le principe était d’ouvrir une boutique dédiée aux textiles de marque, avec une implantation en centre-ville, sur une période de 3 mois. Le concept est donc différent des magasins classiques qui vendent une gamme très variée, avec une implantation plutôt périphérique aux agglomérations.

Nous avons par exemple travaillé sur la mise en place d’un service de drive, et de la vente à distance Noz Click&Collect pendant le premier confinement, pour nous adapter à la situation sanitaire et garder le lien avec les clients. Le projet a été initié par 5 collaborateurs, dans une démarche entrepreneuriale. Ce fut complexe informatiquement, mais la proposition correspondait à un besoin avéré de nos clients.

D’après toi, faut-il être un grand groupe pour mettre en place ce genre de démarche ?

Ce n’est pas nécessaire d’être un grand groupe, on doit même le prendre en compte comme système de management inclusif, participatif. L’innovation participative, c’est aider son collaborateur à mieux réaliser sa mission, dans de meilleures conditions, et pour une meilleure satisfaction du client. On en trouve des exemples de réussite partout, même chez les start-ups. 

Évidemment, en fonction de la taille de la structure, la démarche d’animation des ateliers n’est peut-être pas nécessaire, mais il semble utile d’avoir des personnes sensibilisées et formées à ces méthodes au sein des équipes. Dans chaque entreprise, une personne doit instiguer la résolution des problématiques, trouver des solutions.  

Merci beaucoup pour cet échange 

 

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Maxime Bernard

Maxime Bernard

Catalyseur d’initiatives et explorateur de territoires d’innovation, je mets en œuvre des pratiques collaboratives pragmatiques au service de la création de valeur.

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Maxime Bernard

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Fondateur et Dirigeant de Collaborative Lab

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